Les milliardaires et l'économie polonaise

13/03/2026

Il n’y a jamais eu un meilleur moment pour être milliardaire qu’en ce début 2026…. Grâce à l’explosion de l’IA, à l’essor des marchés et à des politiques fiscales favorables, un nombre record de 3 428 entrepreneurs, investisseurs et héritiers ont été inscrits sur la liste des milliardaires mondiaux cette année, soit 400 de plus qu’en 2025. Ils sont plus riches que jamais, avec une valeur record de 20 100 milliards de dollars, soit 4 000 milliards de plus que l’année dernière. Les États-Unis comptent le plus grand nombre de milliardaires, avec un nombre record de 989, dont 15 parmi les 20 premiers. La Chine vient ensuite, avec 610, et l'Inde (229) arrive loin en troisième position. La France compte 53 milliardaires en dollars. Les fortunes sont basées sur les cours boursiers et les taux de change du 1er mars 2026.

D’après le magazine économique “Forbes”, réputé pour ses classements annuels des plus riches de ce monde, la hiérarchie mondiale des fortunes a évolué depuis le précédent classement, mais un nom demeure intouchable.

Porté par l’essor de l’intelligence artificielle et de ses entreprises technologiques, Elon Musk conforte sa place de première fortune mondiale tandis que plusieurs figures majeures de la tech et du luxe échangent leurs positions dans un contexte boursier très volatil.

Le trio gagnant en ce début d’année : Elon Musk [54 ans] / Tesla, SpaceX, xAl, The Boring Company, Neuralink (839 milliards de dollars), Larry Page [52 ans] / Google (257 milliards] et Sergey Brin [52 ans] / Google (237 milliards). Suivent : Jeff Bezos - 2e l’an dernier [62 ans] / Amazon, Washington Post, Blue Origin (224 milliards), Mark Zuckerberg - 3e l’an dernier [41 ans] / Facebook, Meta (222 milliards) et Larry Ellison [81 ans] / Oracle (190 milliards)…

Le premier Français, Bernard Arnault [77 ans] / LVMH, Tiffany & Co, Financière Agache est 7e avec 171 milliards de dollars. La femme la plus riche du monde, avec une fortune estimée à 134 milliards de dollars arrive en 14e position mondiale. Il s’agit d’Alice Walton [76 ans], la fille du fondateur de “Walmart”.

La Pologne est représentée dans ce classement par douze milliardaires en dollars. Le premier d’entre eux ne se retrouve cependant qu’en 712e position… Il s’agit de Michał Sołowow [63 ans] avec une fortune estimée à 5,9 milliards de dollars. C’est un investisseur polonais qui a fait ses débuts à la fin des années 1980 avec l'entreprise de construction Mitex, qu'il a revendue en 2002 à l'investisseur français Eiffage. Il a ensuite investi les bénéfices dans le marché boursier polonais naissant. Au cours des dernières années, il a privatisé ses entreprises, notamment les producteurs de matériaux de construction Barlinek et Cersanit. Il a aussi privatisé son dernier actif principal coté, le groupe chimique Synthos, en 2018. Sołowow a investi dans des startups technologiques telles que OncoaArendi, une société de biotechnologie introduite en bourse en 2018.
La deuxième position (730e mondiale) appartient à Tomasz Biernacki [53 ans], le fondateur et président de Dino Polska (5,7 milliards de dollars), la plus grande chaîne de supermarchés polonaise avec des magasins principalement situés dans les petites et moyennes villes ainsi qu'à la périphérie des grandes villes. Il a ouvert sa première boutique en 1999 ; en début d’année, l'entreprise comptait 3033 magasins en Pologne fabriquant également leurs propres produits carnés. Dino Polska a été introduite en bourse en 2017.
La troisième place (762e mondiale) est occupée par Jerzy Starak [78 ans] avec une fortune de 5,5 milliards de dollars. Il est propriétaire de Polpharma, le plus grand fabricant polonais de médicaments et l'une des principales sociétés pharmaceutiques d'Europe centrale et orientale. Polpharma est spécialisée principalement dans les produits pharmaceutiques utilisés en cardiologie, neurologie et gastro-entérologie. Starak a également fondé et possède Polpharma Biologics, une branche de sa société qui se concentre sur le développement de médicaments biosimilaires. Investisseur diversifié, il détient également une participation dans le producteur de produits à base de plantes Herbapol.
Derrière ce trio de tête, on retrouve ensuite loin derrière (1611e), Zygmunt Solorz [69 ans] avec 2,6 milliards de dollars, fondateur de Polsat, l'un des premiers diffuseurs commerciaux nationaux d'Europe de l'Est, lié à l'industrie des médias et des télécommunications. Il fait désormais partie de Cyfrowy Polsat, le premier opérateur de télévision payante de Pologne. L'empire commercial de Solorz comprend des produits mobiles, énergétiques et financiers.
Il est suivi (1913e) de Paweł Marchewka [52 ans] (2,2 milliards de dollars), le fondateur et PDG de la société polonaise de jeux vidéo Techland, l'éditeur de titres sur le thème des zombies, notamment les franchises Dead Island et Dying Light. Techland a été vendu au géant chinois de la technologie Tencent en 2024 pour un montant déclaré de 6,9 milliards de zlotys (1,7 milliard de dollars). Cette vente faisait suite à l'annonce de luttes internes et de licenciements au sein de la société de jeux.
Puis arrive (1982e) Dominika Kulczyk [48 ans] (2,1 milliards de dollars), héritière avec son frère Sebastian de la fortune de leur père Jandécédé en 2015 des suites d'une opération cardiaque mineure. Co-fondatrice en 2013 et présidente de la Kulczyk Foundation, une organisation philanthropique qui lutte contre la discrimination et les inégalités qui touchent les femmes dans le monde. Elle a également repris une participation dans la société d'énergies renouvelables Polenergia, le plus grand groupe énergétique de Pologne, et préside désormais son conseil de surveillance.
Il y a ensuite (2177e) Zbigniew Juroszek [63 ans] et sa famille (1,9 milliard de dollars) : Zbigniew est le fondateur d'Atal S.A., une société engagée dans l'industrie du développement immobilier résidentiel, coté à Varsovie. Il construit ses premiers projets résidentiels en 2003. Atal développe désormais des propriétés à Katowice, Varsovie et dans d'autres grandes villes polonaises. Zbigniew dirige désormais son entreprise avec son fils Mateusz, PDG de la société de jeux de hasard STS - appartenant au duo père-fils - qui fournit des services de paris à plus d'un million de clients en Europe.
En 2274e position, on trouve un trio possédant chacun 1,8 milliard de dollars.
Il est formé de Piotr Dąbkowski [31 ans] et de Mateusz « Mati » Staniszewski [31 ans], cofondateurs d'ElevenLabs, une startup de logiciels spécialisée dans le développement de logiciels de synthèse vocale à consonance naturelle utilisant l'apprentissage profond. Elle est actuellement le leader mondial dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA) générative pour le son. L'entreprise se spécialise dans la synthèse vocale (text-to-speech), mais aussi le clonage de voix et la création de voix d'IA réalistes.
Les deux amis de lycée avaient mis leurs économies en commun et avaient quitté leur emploi pour travailler à temps plein chez ElevenLabs en 2022. Les investisseurs privés évaluaient l'entreprise à 6,6 milliards de dollars en octobre 2025. Dąbkowski (responsable de la recherche) et Staniszewski (PDG) détiennent chacun une participation estimée à 15 %.
Le troisième homme du trio, c’est Sebastian Kulczyk [45 ans], frère de Dominika avec laquelle il avait partagé la fortune de leur père Jan. Sebastian avait obtenu une participation dans Autostrada Eksploatacja, qui entretient une autoroute majeure entre Świecko et Konin. Il a également repris l'entreprise chimique Ciech et des parts dans des sociétés minières, qu'il a ensuite revendues. Il a privatisé Ciech en 2024, le rebaptisant Qemetica. Sebastian a également fondé et dirige le fonds technologique de capital-risque Manta Ray.
Pour terminer, à la 3185e place, un duo possédant chacun 1,1 milliard de dollars. D’abord, Rafał Brzoska [48 ans], fondateur en 2006 et PDG d'InPost, une entreprise de logistique qui exploite plus de 25 000 casiers à colis en Pologne, des casiers automatisés permettant aux clients de déposer et de récupérer leurs colis à tout moment de la journée. Brzoska a commencé en fondant Integer Group, qui distribuait des tracts, en 1999. La société InPost est devenue publique à Amsterdam en 2021, levant plus de 3 milliards de dollars lors de son introduction en bourse.
Ensuite, Dariusz Miłek [58 ans], le « roi de la chaussure » polonais, fondateur de la chaîne CCC, entrée en bourse en 2004, une des plus grandes entreprises du marché de détail dans le segment de la chaussure en Europe. La chaîne est entrée en bourse en 2004. Fin 2025, elle comptait 1231 magasins dans 23 pays. En 2026, l’entreprise vient de changer officiellement de nom. Dorénavant, elle se nomme Modivo S.A.
De 2000 à 2020, Miłek a sponsorisé l’équipe cycliste polonaise CCC Team. Elle est la seule équipe polonaise à avoir participé deux fois au Giro d’Italia.

*Si l’on se fie à la dernière édition de la liste des 100 Polonais les plus riches en 2026 présentée par “Forbes”, le seuil d'entrée sur cette liste a augmenté jusqu'au chiffre record de 1,3 milliard de zlotys, soit 300 millions de plus qu'un an plus tôt. Même s'il n'y a pas eu de changements spectaculaires parmi les dirigeants, on peut cependant noter que la part croissante des entrepreneurs associés au marché pharmaceutique n’est pas négligeable.

C’est vrai que la Pologne impressionne par le dynamisme de son économie. En 2025, le pays a affiché la croissance la plus élevée d’Europe centrale et l’une des plus fortes de l’Union européenne. Cela devrait être encore le cas en 2026.
Le PIB de la Pologne a progressé de 3,6 % en 2025, l'une des meilleures performances de l'Union européenne, loin devant l’Allemagne, la France ou l’Italie. Ce PIB a franchi la barre symbolique des 1000 milliards de dollars, ce qui donne à la Pologne la place de 20e puissance économique mondiale. Cette expansion la propulse désormais au rang de sixième économie de l’Union européenne, tout en entrant dans le cercle restreint des vingt premières puissances mondiales, devant la Suisse ou Taïwan. Les États-Unis l’auraient d'ailleurs formellement invitée au prochain G20 qui se devrait se tenir en Floride à la fin de l’année…

Le chômage, lui, reste extrêmement bas, autour de 3 %. La croissance a été portée par le dynamisme de la demande intérieure dans les principaux secteurs d'activité, services et commerce, industrie et construction.
Aujourd’hui, Varsovie, Gdańsk ou Katowice sont devenues des pôles industriels et logistiques majeurs, tandis que le pays s’est hissé parmi les géants européens de l’armement, avec un effort de défense équivalant à 4,8 % du PIB - alors que la France est péniblement à 2 % - et une armée de plus de 210 000 militaires. À cela s’ajoute un rôle croissant dans le numérique : la Pologne est aujourd’hui le premier hub technologique d’Europe de l’Est, avec près de 300 groupes internationaux. Le pays produit plus d’ingénieurs en informatique, de développeurs et d’experts en cybersécurité que la France, avec une population pourtant deux fois moins nombreuse. On est loin du cliché du plombier polonais des années 2000 !

Le succès de la Pologne tient à 30 ans de croissance en continu, sans récession. Le pays était pourtant un des plus pauvres, mais dès les années 90, il a mené des réformes radicales dans l’éducation et le marché du travail : pas question de faire 35 h ou de partir à la retraite à 62 ans !
Surtout, la Pologne a su profiter à plein de son adhésion à l'Union européenne en 2004. Grâce aux centaines de milliards de l'Europe, elle a investi dans l’énergie, modernisé ses infrastructures. Premier bénéficiaire des fonds européens, le pays les a aussi utilisés pour développer massivement son industrie de défense, en première ligne face à la menace russe.

Et ce succès attire : après des décennies d’émigration, près de 100 000 Polonais reviennent chaque année, souvent des ingénieurs, des cadres, des diplômés, séduits par un pays qui offre désormais des opportunités comparables à celles de l’Ouest.

Il y a toutefois des zones d’ombre : la dette en Pologne atteint les 67 % du PIB même si cela reste moins élevé que celle de la France qui dépasse les 117 %. Le pays connaît aussi une crise démographique : avec un taux de fécondité autour de 1 enfant par femme, la Pologne est désormais le pays le moins fécond d’Europe. Sa population pourrait passer de 38 millions aujourd’hui à 30 millions en 2060. Ce choc démographique pèsera sur le marché du travail, la croissance future et le financement des retraites.
Et puis, les dépenses sociales et militaires ont creusé le déficit, qui atteint près de 7 % du PIB. La dette approche du seuil de 60 %, et la marge de manœuvre budgétaire est limitée, d’autant que la cohabitation politique complique les arbitrages. S’ajoute un niveau d’investissement privé insuffisant : seulement 17 % du PIB, soit cinq points de moins que la moyenne européenne. À long terme, ce manque d’investissement pourrait peser sur l’innovation et la productivité. Il faut dire que la proximité de la guerre en Ukraine refroidit aussi des investisseurs.

Il n'empêche, selon l’OCDE, d’ici quelques années, les Polonais seront plus riches que les Français.
Partis de loin, les Polonais ont envie de créer, de moderniser, d'améliorer. Au-delà des données économiques, le pays fonctionne bien : réseau autoroutier moderne, transports performants, internet haut débit généralisé, sécurité et propreté dans l'espace public, avec à la clé un afflux croissant de touristes étrangers…

Une question reste cependant en suspens : l'opération militaire contre l'Iran lancée le 28 février par les États-Unis et Israël ne nuira-t-elle pas à la croissance économique de l'Europe, donc de la Pologne ?