14 août

14/08/2026

1944 - Début de l’opération “Tractable”, deuxième phase de la bataille de Normandie : les soldats polonais et canadiens vont renouveler leurs attaques contre les positions ennemies.

Quelques jours seulement après avoir débarqué entre Arromanches et Courseulles-sur-Mer, en Normandie, la 1e division blindée* du général Stanisław Maczek, rattachée au 2e Corps canadien, avait dès le 8 août participé à l'offensive alliée “Totalize” en lançant une première attaque sur Falaise afin d'encercler les troupes allemandes qui s'y trouvaient. Avant même le début de l’attaque, les arrières de la division furent touchés par erreur par le bombardement aérien américain qui occasionna plusieurs dizaines de morts et de blessés.

Malgré la nature féroce des combats, l'attaque des troupes polonaises n'aura cependant pas apporté les résultats escomptés, même si elle leur aura permis de gagner du terrain.

Pour l’opération “Tractable”, le général Maczek a partagé sa division en deux groupes qui opéreront une percée décisive et prendront Chambois (effectuant ainsi une jonction avec les Américains) et le mont Ormel (cote 262, appelée par le général Maczek : “Maczuga/Massue”) qui leur permettait de bloquer la voie d'évacuation aux Allemands. Ne voulant pas permettre l'encerclement, ces derniers vont attaquer les Polonais dans l'espoir de percer leurs lignes. Durant trois jours, leurs contre-attaques vont se succéder avec acharnement, mettant en péril les lignes défensives polonaises. Cela permettra à certaines unités allemandes de sortir du chaudron. Des détachements parachutistes allemands vont même s'élancer pour des attaques à la baïonnette, mais se heurteront à la défense têtue des Polonais, isolés sur le mont Ormel, qui les affronteront à l'arme blanche ! Le 21 août, les troupes canadiennes soulageront les rescapés polonais qui se battaient pour la “Maczuga”. Ils tombèrent sur les scènes d’une tragédie effroyable. Par endroits, des soldats polonais et allemands gisaient côte à côte, la mort les ayant unis dans un ultime corps à corps à l’arme blanche. La poche de Falaise était définitivement fermée. La victoire était acquise. Mais à quel prix ! Les Polonais auront eu 325 tués, 114 disparus, environ un millier de blessés ! Ils auront fait plus de 5 000 prisonniers de guerre. Les pertes matérielles allemandes vont s’élever à plus de 400 chars, 7 000 autres véhicules et près d'un millier de canons.

C'est à l'effort des soldats polonais à Falaise que le général Bernard Law Montgomery, commandant en chef du 21e groupe d'armées britannique participant au débarquement en Normandie, avait à l’esprit quand il a dit : “Les Allemands étaient comme dans une bouteille dont la division polonaise était le bouchon avec lequel on les avait enfermés”.

“Vos combats entreront dans l'histoire. Votre sacrifice contribuera à établir les droits de la Pologne sur une base indestructible”, a écrit le commandant en chef, le général Kazimierz Sosnkowski, dans l'ordre du 23 août adressé aux soldats polonais.

Quelques jours après la défaite des Allemands, les Alliés entreront à Paris (25 août), où ils organiseront un défilé solennel sur les Champs-Élysées. Fin septembre, les forces alliées vont libérer tout le pays - à l’exception de quelques ports fortifiés sur la côte atlantique et les îles anglo-normandes, détenus par les Allemands jusqu'à la reddition du Troisième Reich.

“La division devenait un monolithe composé de soldats qui, sur la base d'une expérience sanglante et difficile, ont acquis l'estime de soi et pris conscience de leurs propres capacités. Ce fut absolument nécessaire. Pour la division, Falaise n'était pas la fin, mais le début d'une nouvelle campagne”, écrivit plus tard le général Skibiński.

En effet, après les succès en France (dont la libération d’Abbeville, de Hesdin, de Saint-Omer), la division polonaise va libérer des villes de Belgique et des Pays-Bas aux côtés des alliés. Les populations locales vont les accueillir comme des héros ; dans les vitrines de nombreuses villes, apparaîtront les inscriptions “Polonais, on vous remercie !”

Le parcours de guerre de la division du général Maczek se terminera le 5 mai 1945 avec la prise de la base navale allemande de Wilhelmshaven.

La 1e division blindée a pris part aux combats sur le front occidental pendant un total de 283 jours, subissant les pertes de plus de 5 100 soldats tués et blessés. Pendant toute la campagne, la division a fait plus de 52 000 soldats allemands prisonniers.

Aujourd’hui, sur la côte 262 du mont Ormel, un mémorial très émouvant rend hommage aux troupes polonaises et à son chef le général Maczek. ‹LS›

*La 1e division blindée, qui faisait partie des forces alliées et qui a poursuivi les traditions de la 10e brigade de cavalerie motorisée combattant durant la campagne de 1939, a été formée en Grande-Bretagne le 25 février 1942 par ordre du commandant en chef, le général Władysław Sikorski.