La Toussaint en Pologne
Comme son nom l’indique, la Toussaint est la fête de tous les saints. Chaque 1er novembre, l’Église honore ainsi la foule innombrable de ceux et celles qui ont été de vivants et lumineux témoins du Christ : tous les saints, connus ou inconnus.
Cette fête est inséparable du jour de prière pour les défunts, que l’Église commémore le 2 novembre, plus en lien avec les souvenirs envers ceux que nous avons aimés. Ce jour-là, l'Église commémore tout particulièrement les âmes du purgatoire, en priant pour leur salut.
La Toussaint a été longtemps célébrée à proximité des fêtes de Pâques et de la Pentecôte [Dans l’Église byzantine, c’est le dimanche après la Pentecôte qui est encore aujourd’hui consacré à la fête de tous les saints].
En 835, sa date fut fixée au 1er novembre. Ce report et l'instauration du Jour des morts revêtent une signification symbolique. Novembre est un mois d'automne : la grisaille s’installe… La nature commence à s'endormir. Elle ne reprendra vie qu’au printemps. En nous rendant sur les tombes de nos proches, nous vivons leur départ et, conformément à la foi chrétienne, nous gardons l'espoir de les retrouver au paradis après la mort. C’est vrai que le mois de novembre est une période particulière qui invite à la réflexion sur la fugacité de la vie et au souvenir des proches disparus. Les premiers jours de ce mois sont ainsi empreints d’une atmosphère de recueillement.
La fête de la Toussaint (Wszystkich Świętych) et le Jour des morts (Zaduszki) sont profondément ancrés dans la tradition polonaise. La coutume de vénérer les défunts était déjà répandue à l’époque païenne : elle s’accompagnait de divers rites qui ont été transformés après l’introduction du christianisme en Pologne.
À l’époque préchrétienne, le souvenir et le souci des défunts étaient très forts, comme en témoignaient les festins des morts, organisés pas seulement à la date anniversaire du décès… Selon les croyances païennes, les défunts restaient des membres à part entière de la famille et des habitants du village ; c’est pourquoi ils venaient souvent rendre visite à leurs proches. Avec l'arrivée du christianisme en Pologne, on continua à croire que le monde des vivants et celui des morts étaient liés et s'interpénétraient. La croyance en la visite des défunts était forte. Même si on ne les voyait pas, on sentait leur présence…
Parmi les rites tombés dans l’oubli, on peut noter que les 1er et 2 novembre, il était interdit de coudre, de filer, d’enrouler et de nouer. On croyait en effet qu’une maîtresse de maison inattentive pourrait, par inadvertance, enchevêtrer une âme égarée dans ses fils, puis la piquer avec son aiguille en cousant…
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En République populaire de Pologne, le régime au pouvoir à partir de 1944, dans sa lutte contre l’Église et la foi chrétienne, a tenté de supprimer du calendrier la Toussaint et le Jour des morts. Sous la pression de la population, il a renoncé à abolir complètement ces célébrations. Il a toutefois été décidé de les laïciser : la Toussaint a commencé à être appelée la Fête des Morts. Ce jour a été déclaré jour férié. Bien que le 2 novembre soit le Jour des morts, il n'était pas (et n'est toujours pas) un jour férié. C'est précisément pour cette raison qu'il est devenu d'usage de commémorer plutôt ses proches défunts le 1er novembre, et cette coutume perdure encore aujourd'hui. La distinction entre la Toussaint et le Jour des Morts s'estompe peu à peu…
De nos jours, pour honorer la mémoire des défunts, les Polonais se rendent dans les cimetières et déposent des fleurs et des bougies funéraires (znicze nagrobne) sur les tombes, considérant cela comme un rituel important, même si se rendre au cimetière le jour de la Toussaint n’est pas une obligation religieuse… Des foules continuent de se rendre sur les tombes de leurs proches. Bon nombre de Polonais parcourent de longues distances… Par exemple, les Polonais travaillant ou habitant en Allemagne reviennent se recueillir dans les cimetières. Provoquant d’énormes queues à la frontière germano-polonaise ! [L’an dernier, durant ces deux premiers jours de novembre, sur les routes polonaises on a recensé 146 accidents, faisant 6 morts et 184 blessés].
Depuis la chute du communisme en Pologne, les deux premiers jours de novembre ont pris une dimension supplémentaire : non seulement on rend hommage aux saints et aux proches, mais ces journées sont également devenues une fête de la mémoire nationale. Cela signifie que les autorités nationales et locales, ainsi que les citoyens polonais, se rendent sur les tombes des insurgés et des soldats tombés au combat, déposent des fleurs sur les tombes anonymes et devant les plaques commémoratives. Les fleurs et les bougies sont alors aux couleurs nationales.
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Selon d’anciennes croyances, tout ce qui se trouve au cimetière – de l’herbe au moindre caillou – appartient aux défunts. Emporter quoi que ce soit de cet endroit, même des feuilles ou des châtaignes, était censé attirer le malheur sur les membres de la famille. On déconseillait même de ramener chez soi des fleurs provenant d'un cimetière, qu'il s'agisse de plantes en pot ou de bouquets. On pensait que ces plantes pouvaient apporter le deuil ou annoncer un enterrement imminent dans la famille.
Une tombe est un lieu de repos éternel qui mérite d'être traité avec respect. S'asseoir sur les pierres tombales, marcher dessus ou s'appuyer contre elles était considéré comme une atteinte à la paix des défunts et était censé porter malheur.
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Chaque cimetière dispose de son propre règlement intérieur. Mais, en général, il est interdit de fumer ou de consommer de l’alcool, de s'y déplacer à vélo ou en trottinette, de jeter des déchets, de siffler, de faire du bruit ou de troubler la tranquillité. Un cimetière n’est pas un lieu propice aux plaisanteries ou aux séances photo. L'accès aux animaux peut être interdit.
Gravée sur une sépulture, on peut parfois lire l’épitaphe latine : "Memento mori" – N’oublie pas que tu vas mourir (le plus tard possible, bien entendu).







