6 novembre
1939 - Déclenchement de la Sonderaktion Krakau visant la communauté enseignante, l'une des actions les plus dramatiques contre l'intelligentsia polonaise.
Les Allemands ont convoqué des professeurs de Cracovie à une conférence sur l'attitude du Troisième Reich et du national-socialisme face aux questions posées par la science et l'enseignement supérieur. L'invitation s'est avérée être une ruse. Le commandant de la 2e unité opérationnelle du 1er groupe opérationnel (Einsatzkommando 2/I), le sturmbannführer SS Müller, venu à la réunion accompagné de la police, a fait une brève déclaration au lieu de s'expliquer : “Messieurs, je vous ai convoqués afin de vous dire que l’université cracovienne a toujours été un foyer de climat antiallemand, éduquant la jeunesse dans cet esprit malveillant [...]. Par conséquent, vous allez être arrêtés et envoyés dans un camp.”
Au total, les nazis vont arrêter 183 professeurs et chargés de cours des universités de Cracovie, principalement de l'Université Jagellonne, également de l'École des mines et de l'École de commerce, ainsi que plusieurs autres personnes qui se trouvaient alors dans le bâtiment ou dans ses environs.
Les détenus seront d’abord envoyés à la prison de police de la rue Montelupi, puis dans la caserne du 20e régiment d'infanterie, rue Mazowiecka. Après la libération de 11 personnes, suite à une action de la Croix-Rouge polonaise, le 27 novembre tous les autres seront déportés via Wrocław vers le camp de concentration de Sachsenhausen, près de Berlin. Cette action de la police pour emprisonner les professeurs de Cracovie a fait partie d'un plan plus large d’éradication de l'élite polonaise.
Le séjour dans le camp a eu des répercussions très néfastes sur la santé des scientifiques. On les contraignait à effectuer des travaux pénibles, et ceux qui ne travaillaient pas devaient rester debout sans interruption pendant ce temps-là. Les prisonniers étaient battus et humiliés. La faim, le froid et les conditions de vie extrêmement difficiles provoquaient de nombreuses maladies. Trois professeurs d'origine juive ont été assassinés par les Allemands.
La communauté internationale n’a pas été indifférente à l’action menée à Cracovie. Sonderaktion Krakau a fait les titres de la presse du monde entier. Benito Mussolini lui-même a protesté contre l'action allemande. Le 8 février 1940, les nazis libéreront 101 prisonniers âgés de plus de 40 ans. Avant d'être relâchés, ils ont dû renoncer à exercer leur profession à l’avenir. Jusqu’à cette date, 12 professeurs remarquables étaient déjà morts d'épuisement dans le camp. Cinq autres mourront peu après leur retour à Cracovie.
Les autres (principalement des scientifiques plus jeunes) seront transférés le 4 mars dans le camp de concentration de Dachau, d'où la plupart seront libérés au bout de 19 mois. Certains scientifiques ont été assassinés. La dernière victime du Sonderaktion Krakau va quitter le camp de concentration allemand en octobre 1941. ‹LS›
Le 6 novembre de chaque année, des drapeaux noirs sont hissés aux façades de l’université Jagellonne de Cracovie en présence du recteur.
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