Éphéméride polonaise
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5 mai05/05/2026

1819 - Dans la propriété d’Ubiel près de Minsk, naissance de Stanisław Moniuszko, compositeur, chef d'orchestre et professeur de musique. Il étudie la musique à Varsovie, Minsk et Berlin. À partir de 1840, il est professeur de piano privé et organiste à l’église Saint-Jean à Vilnius. Plus tard, chef d'orchestre du théâtre de Vilnius : en 1848, il dirige la première représentation sur scène de la version en deux actes de son opéra Halka. Après le triomphe qu’obtient le 1er janvier 1858 la première à Varsovie d'une nouvelle version en quatre actes de Halka, il est nommé chef principal de l'Opéra polonais au Grand Théâtre de Varsovie. Pendant ses près de quinze années de travail à ce poste, il va préparer et présenter tour à tour la totalité de ses opéras successifs. Il va en outre diriger de temps en temps des chorales dans les églises de Varsovie. Il va également se produire chaque année en tant que chef d’orchestre lors de concerts de ses compositions. La période de l'Insurrection de Janvier va mettre un frein à son travail de compositeur, les conditions politiques difficiles n'étant pas propices à la créativité. En 1865, la présentation de son opéra Le manoir hanté provoquera cependant de l’enthousiasme. Le nouvel opéra connaîtra un succès similaire à celui de Halka. Encore en 1864, Moniuszko commencera à donner des cours à l'Institut de Musique.
Il est décédé le 4 juin 1872 à Varsovie. Ses funérailles ont été l’occasion d’une manifestation nationale. Il a été inhumé au cimetière de Powązki à Varsovie.
Stanisław Moniuszko est le créateur de l'opéra national polonais, réalisant une synthèse des éléments de l'opéra italien, français et allemand avec des mélodies de son pays, des rythmes de danses polonaises. Dans plus de 300 mélodies, il aura tissé un lien avec la chanson préromantique polonaise, les œuvres de Franz Schubert et la musique folklorique. Il a notamment développé une forme de ballades vocales, lui donnant un caractère élargi, riche en moyens musicaux (par exemple : Świtezianka, Czaty, Trzech Budrysów). Parmi ses œuvres choisies : des opéras - Halka (1848,1858), La Comtesse (1860), Verbum Nobile (1861), Le manoir hanté (1865), Paria (1869) ; 12 cahiers de recueils de mélodies nationales ; des cantates - Milda (1848), Nijoła (1865), Les spectres (1865), Sonnets de Crimée (1868) ; une ouverture fantastique - La fable (1848) ; 6 messes ; 4 Litanies d’Ostra Brama, Requiem. Les adaptations au cinéma d'opéras de Moniuszko : Halka (1913, 1930, 1937), Le manoir hanté (1936). La musique de Moniuszko a acquis une large reconnaissance dans la société polonaise. Elle est reconnue comme un modèle de musique “slave”. ‹LS›
Le beau mazur de Halka
4 mai04/05/2026
1940 - Le destroyer ORP "Grom" a coulé près de Narvik à la suite d'une attaque aérienne allemande.
Le navire avait été construit avec son jumeau l’ORP “Błyskawica” au chantier naval de Cowes, sur l’île de Wight, en Grande-Bretagne. À leur sortie, il s'agissait des meilleurs et des plus rapides destroyers au monde. Leur artillerie était impressionnante. Le 11 mai 1937, le pavillon de la marine de guerre polonaise avait été hissé sur le “Grom”.
Au cours de ses opérations durant la campagne de Norvège, le “Grom” va se forger une sinistre réputation aux yeux des soldats allemands, probablement le plus dérangeant de tous les navires alliés déployés dans la région. Malheureusement, il sera touché par deux bombes larguées par un bombardier allemand Heinkel He 111. La première tombera sur le tube lance-torpilles, la seconde, près de la cheminée. À la suite d’une explosion interne, le navire submersible va se briser et couler en seulement deux ou trois minutes.
59 membres d'équipage (1 officier, 25 sous-officiers et 33 marins) sont morts, certains à la suite des explosions, certains bloqués à l'intérieur du navire et certains suite à des tirs de mitrailleuses allemandes tirant sur les survivants encore dans l’eau. Plusieurs vont également mourir d’un choc thermique après avoir été extraits de l'eau glacée. Parmi les 154 marins - dont le commandant du navire - secourus figuraient 26 blessés.
Le “Grom”, qui n’aura donc été opérationnel qu’à peine trois ans, repose à 115 m de profondeur. Son épave a été découverte le 6 octobre 1986 lorsqu'elle fut explorée pour la première fois par des plongeurs. ‹LS›
*ORP signifie Okręt Rzeczypospolitej Polskiej (Navire appartenant à la République de Pologne). Grom, c’est le tonnerre ; Błyskawica, c’est l’éclair.
3 mai03/05/2026
1791 - Après un débat houleux au Château royal de Varsovie, la Diète de quatre ans adopte par acclamation une loi gouvernementale qui est passée dans l'histoire sous le nom de Constitution du 3 mai. C'est la deuxième loi dans le monde (après la Constitution américaine de 1787) et la première en Europe, qui vise à réglementer l'organisation de l’État ainsi que les droits et les devoirs des citoyens. Cette loi fondamentale a été adoptée par le parti patriotique à la suite d'un compromis avec le parti royal, résultant des aspirations à l’amélioration des relations internes de la République après son 1er partage perpétré par la Prusse, l'Autriche et la Russie en 1772 et établissant les bases d’un système politique moderne en Pologne.
La Constitution avait été conçue pour éliminer les imperfections existant depuis longtemps du système politique de la République des Deux Nations et de sa liberté dorée. Elle introduit l’égalité politique entre les bourgeois et les nobles et place les paysans sous la protection de l'État, atténuant ainsi les pires abus du servage. Elle abolit les institutions néfastes, tel le liberum veto qui, avant l'adoption de la Constitution, laissait la Diète à la merci de tout député qui, s’il le voulait - de sa propre initiative, ou soudoyé par des forces étrangères ou des magnats - pouvait invalider toutes les résolutions adoptées par la Diète. La Constitution du 3 mai devait repousser l'anarchie existante, soutenue par une partie des magnats nationaux, au profit d'une monarchie constitutionnelle.
Les dispositions de la Constitution centralisent l’État, abolissant le caractère distinctif entre la Couronne du Royaume de Pologne et le Grand-duché de Lituanie, introduisent un gouvernement, un trésor d’État et une armée uniques. Comme religion officielle est reconnu le catholicisme, tout en tolérant complètement les autres religions reconnues par l'État. La Constitution introduit un pouvoir tripartite : le pouvoir législatif devait être exercé par un Parlement bicaméral composé de la noblesse terrienne (204 députés) et de 24 plénipotentiaires des villes.
On réduit considérablement le rôle du Sénat, les instructions parlementaires, les confédérations et le liberum veto sont abolis, les décisions seront prises par un vote à la majorité simple. La durée du mandat de la Diète est de deux ans, les sessions devant être organisées en cas de nécessité, tous les 25 ans le Parlement sera convoqué en vue d'améliorer la Constitution. Le pouvoir exécutif est accordé au roi et au Conseil - appelé Garde des Lois - composé du primat et de cinq ministres : de la police, des sceaux ou des affaires intérieures, des affaires étrangères, de la guerre et du Trésor - nommés par le roi. Les ministres sont responsables devant la Diète pour les actes par eux signés. Le roi est président de la Garde, a le droit de nommer les évêques, les sénateurs, les ministres, les fonctionnaires et les officiers ; en cas de guerre il exerce le commandement suprême de l'armée.
On abolit les élections libres, après la mort du roi Stanislas II Auguste le trône devrait être héréditaire, mais en cas d'extinction de la famille royale la noblesse aura à choisir une nouvelle dynastie. La Constitution annonce une réorganisation de l'appareil judiciaire, appelant à la nécessité de créer des tribunaux ruraux et municipaux siégeant en permanence, ainsi que pour les superviser en deuxième instance le Tribunal de la Couronne et la juridiction assessorale.
Cette tentative de réforme sera abolie dès le milieu de l’année 1792. Vont y contribuer la Confédération de Targowica et l'intervention des troupes russes sur le territoire de la République. Plus tard, aux traditions du 3 mai vont se référer différentes orientations politiques, chacune interprétant plutôt arbitrairement les idées de la Constitution de 1791.
La célébration de la Fête de la Constitution du 3 mai sera interdite pendant les partages, elle ne sera reprise qu’en 1919. Elle sera de nouveau interdite par les nazis et les Soviétiques pendant l'occupation de la Pologne durant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, elle sera célébrée jusqu'en 1946 quand, après les manifestations anticommunistes, elle sera remplacée par les célébrations du 1er mai.
En janvier 1951, cette fête sera officiellement rendu illégale par les autorités communistes. Jusqu'en 1989, ce jour-là vont souvent avoir lieu en Pologne des protestations et des manifestations antigouvernementales et anticommunistes. Suite au changement de régime, depuis avril 1990 la Fête de la Constitution du 3 mai appartient aux fêtes polonaises solennellement célébrées. Aujourd'hui, le 3 mai occupe la deuxième place juste après le 11 novembre. Cette fête nous rappelle les efforts des patriotes qui se sont engagés dans la difficile tâche de réformer un État en décomposition. Elle nous fournit beaucoup de modèles à suivre, nous donne des exemples de comportements patriotiques. ‹LS›
*La première date d’adoption de la Constitution aurait dû être le 5 mai 1791, mais ses partisans, craignant la menace du recours à la force par le parti pro-russe, ont avancé de deux jours la date pour délibérer sur le document. Les délibérations et l'adoption de la Constitution se sont déroulées de manière inattendue. Beaucoup de députés sont arrivés plus tôt en secret et le lieu des débats (le Château royal à Varsovie) était gardé par la Garde royale et les troupes sous le commandement du prince Józef Poniatowski qui, avec un groupe d'officiers, se trouvait dans la chambre parlementaire non loin du trône. Le hasard a fait adopter la constitution sans lecture. Le député de la Livonie, Michał Zabiełło a appelé à l'adoption de la Constitution et le roi à sa prestation de serment. Le souverain a levé la main pour signaler qu'il voulait parler, ce que les partisans de la Constitution ont pris pour son approbation à prêter serment. Le roi a prêté serment devant l’évêque de Cracovie Feliks Turski.

Sur ce tableau (247x446 cm) de Jan Matejko peint en 1891 pour le centenaire de l’adoption de la Constitution, on peut apercevoir Stefan Małachowski, maréchal de la Grande Diète, porté sur les épaules de deux députés et tenant triomphalement à la main le texte de la Constitution et Stanisław August Poniatowski, le roi de Pologne, montant les marches de la collégiale Saint-Jean, sa cape rouge de couronnement sur le dos.

