Éphéméride polonaise

  • 17 mars
    17/03/2026

    1895 - Naissance à Łódź, dans une famille juive, d’Andrzej Włast, en fait Gustaw Baumritter, poète, librettiste, réalisateur, auteur de chansons. Après avoir terminé ses études secondaires, il s'installe à Varsovie, où il commence des études de droit à l'Université. Il fera ses débuts en tant qu'Andrzej Włast le 20 décembre 1914 au Teatr Udziałowy. Bientôt, il est appelé au 5e régiment d'infanterie des Légions polonaises - mais il ne combat pas. Il obtient un emploi à l'état-major général, dans le département de propagande. Durant la guerre, il débute en tant que poète avec des poèmes sur la guerre. Il écrit également des textes pour des cabarets et des théâtres de Varsovie, notamment pour les cabarets Miraż, Czarny Kot, Sfinks et le théâtre Bi-Ba-Bo. En 1920, il commence à travailler avec le meilleur cabaret des années 20, Qui Pro Quo. C’est à cette époque qu’il publie son premier et unique volume de poésie, “Serce tatuowane”/Cœur tatoué (1923). En 1925, il commence à travailler avec le cabaret Perskie Oko - axé principalement sur des revues spectaculaires avec décors et chorégraphies - où il écrit des textes sur la musique des frères Gold, de Jerzy Petersburski, Zygmunt Karasiński et Szymon Kataszek. À cette époque, seront créés des tubes tels que «Vivez-vous seule, madame?», «J'ai peur de dormir seule», «Je n'ai rien à porter sur moi» et «Tango espiègle».

    En 1927, Włast crée le premier véritable théâtre de revue à Varsovie, Morskie Oko, sur le modèle des spectacles fastueux de Paris, tels que “Moulin Rouge” ou encore ”Casino de Paris”, où il se rend souvent à partir de 1926. Il établit un partenariat avec le compositeur Henryk Wars - ils créeront de nombreux succès ensemble. Ils feront découvrir tous les deux les derniers styles venant d’Amérique - de nouvelles danses de salon dérivées du jazz : cake-walk, two-step, charleston, black bottom. Morskie Oko fonctionnera jusqu'en 1933. La même année, Włast va ouvrir un nouveau théâtre de revue, Rex, qui ne fonctionnera que pendant quelques mois. Ensuite, au même endroit, il y aura aussi le music-hall Wielka Rewia, qui fonctionnera jusqu'en janvier 1939, pour céder la place en avril au petit théâtre Ali Baba, où il travaillera jusqu'au déclenchement de la guerre.

    Andrzej Włast va rester à Varsovie et rapidement se retrouver dans le ghetto. Dès le début, il s’y sent mal. Initialement, il se produit dans le café Sztuka, mais ses chansons ne font rire personne. Il endure difficilement les conditions de vie du quartier juif. Au tournant de 1942 et 1943 (la date exacte est inconnue), des amis vont tenter de le faire sortir du ghetto. Malheureusement, durant l’évasion, en voyant les gardes, il panique et commence à courir. Il sera abattu par les Allemands.

    Andrzej Włast est considéré comme l'un des premiers créateurs conscients de la culture de masse. Il fut l'auteur de plus d'une douzaine de livrets d'opérettes et de dizaines de programmes complets de revues. Il a écrit plus de deux mille textes de chansons, dont beaucoup sont devenues de gros succès - “Je vous baise la main, Madame ; Roses d'automne ; Plus jamais ; Près de la cheminée ; Rebecca ; Tango milonga ; Valse François”. Il fut non seulement l'auteur de nombreux tubes, mais aussi l'auteur du mot polonais “przebój” (tube). Lorsqu'au début des années 30, un concours fut annoncé pour remplacer le mot “szlagier” emprunté à l'allemand “schlager”, c'est la proposition de l'auteur qui va s’enraciner définitivement en Pologne. ‹LS›

    “Przy kominku” - musique (Artur Gold), paroles (Andrzej Włast), chant (Mieczysław Fogg) – 1937

    “Tango milonga” - musique (Jerzy Petersburski), paroles (Andrzej Włast), chant (Stéphane Kubiak)

  • 16 mars
    16/03/2026

    1970 - Décès à Varsovie de Jerzy Szaniawski, dramaturge, romancier, feuilletoniste. Il est né le 10 février 1886 à Zegrzynek (Mazovie) dans une famille de propriétaires terriens aux racines intellectuelles : la maison familiale était un lieu de rencontres d’écrivains et d’artistes. Il fait ses débuts en 1912 avec de courts ouvrages de nouvelles et d’écrits humoristiques dans le quotidien “Kurier Warszawski/Courrier de Varsovie” et l'hebdomadaire satirique “Sowizdrzał/L’espiègle”. Auteur de comédies poétiques burlesques Murzyn/Le Noir (1917) et Ptak/L’oiseau (1923). En 1924, il écrit son unique roman - “Amour et choses sérieuses”. Dans la construction de ses drames, il utilisait la forme de la comédie, mais en fait il créait un théâtre philosophique et de réflexion. Avec subtilité, ses drames ironiques étaient pleins de sous-entendus. Ils parlaient d’attente, d’intuitions sous-cutanées, d’instincts subconscients. En 1930, Szaniawski reçoit le Prix littéraire national et est décoré de la Croix d’Officier de l'ordre Polonia Restituta. En 1933, il sera l'un des premiers membres de l'Académie polonaise de littérature. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le Zegrzynek familial est annexé au Troisième Reich. Szaniawski déménage à Varsovie. Il milite dans le mouvement de résistance, en 1944 il est arrêté par les Allemands et sera libéré à la veille de l'insurrection de Varsovie. Après la guerre, il vit à Cracovie, retourne ensuite à Varsovie pour s'établir plus tard dans son Zegrzynek natal. Sa renommée et sa position en tant qu’un des plus grands dramaturges polonais du XXe siècle, il les doit à : Le navigateur (1925), L’avocat et les roses (1929), Le pont (1933), Deux théâtres (1946). Dans ses drames, il reliait le lyrisme au psychologisme et les éléments philosophiques et symboliques à l’imagination. Drames recueillis (Volume 1-3, 1958). En outre, il a publié un recueil de documents parus plus tôt dans l’hebdomadaire “Przekrój” de petites œuvres en prose Professeur Tutka (1954-1962). Il a également écrit des pièces radiophoniques considérées comme des classiques du genre, telle : La montre (1935), le scénario de la série TV Le club du professeur Tutka (1967-1969), des souvenirs Près du théâtre (1956). Il a refusé de créer dans le style du réalisme socialiste, ce qui a fait que durant cinq ans ses œuvres ne seront ni produites ni jouées : toute sa production était alors considérée comme idéologiquement hostile. Sa situation va changer après la déstalinisation. En 1955, l'Union des écrivains polonais lui organise un jubilé fastueux, après quoi il recommence à être édité et être vu. C’est à cette époque qu’il reçoit la Croix de Commandeur de l'ordre Polonia Restituta. On ne peut cependant nier que, malgré les brefs succès de ses drames ultérieurs, sa meilleure période créatrice est alors déjà derrière lui. Dans les dernières années de sa vie, l’auteur va se retirer complètement du monde, vivant dans l'isolement. Il a été inhumé dans le cimetière militaire de Powązki à Varsovie.

    En septembre 1977, son petit manoir de Zegrzynek, habitée par sa veuve, va entièrement brûler. Va également brûler tout l'héritage de Szaniawski, dont de nombreux inédits. Il avait mentionné avoir écrit 77 pièces de théâtre, et seules 30 ont été éditées. ‹LS›